Équipe Unité - CG FJBQ - Allocution du 15 août 2009

Voici l'allocution des candidats à la présidence de l'équipe Unité qui a été prononcée à l'occasion du conseil général du Forum jeunesse du Bloc Québécois le 15 août dernier :

 

Merci monsieur le président.

[pause de préparation et hurm hurm (raclage de gorge)]

[Salutations protocolaires]

Chers délégués,

Bon matin.

Vous vous attendez peut-être à rire un bon coup devant notre discours. Vous serez déçus. Même si certains nous ont dépeints comme une bande de clowns, nous ne serons jamais aussi risibles que ceux qui prétendent ne pas l’être. Nous vous livrerons donc un discours sérieux. Et comme nous sommes l’équipe Unité, chaque candidat prononcera un morceau de discours.

[pause, jouer avec ses feuilles]

Étant le premier représentant de l’équipe Unité à prendre la parole, j’aimerais vous expliquer notre démarche. 

Comme un grand nombre de personnes liées au mouvement souverainiste, on suivait la campagne depuis un certain nombre de mois déjà. Mais sans grand intérêt. Pour deux raisons :

(1)

La première, c’est le manque navrant d’idées des deux équipes en lice au début de la campagne. Une course à l’exécutif doit être un moment privilégié pour des candidats de faire valoir leurs idées et non pas leur personnalité.

Or, à bien y regarder, on voyait que d’un côté, une des deux équipes défendait l’unité et la solidarité alors que l’autre ne jurait que par la solidarité et l’unité.  Comme le dirait M. Duceppe, c’était « bonnet blanc, blanc bonnet ».

Il nous apparaissait clair que, dans cette perspective, la victoire de l’une ou l’autre des équipes ne serait acquise que sur la base du réseautage, voire du marchandage. Et ce, au complet détriment des idées.

Donc, face à un tableau aussi désolant, nous avons opté pour la surenchère, allant jusqu’à la caricature. Nous aussi, on pouvait être pour l’unité!  

Certains y ont vu une grosse blague, d’autres du cynisme, et peut-être même une menace potentielle. Mais au fond, notre geste de dérision traduisait surtout notre désabusement face à la façon de faire de la politique au FJBQ.

Parce que la politique, ce n’est pas ça. Ce n’est pas un affrontement stérile entre deux cliques idéologiquement pareilles. La politique des jeunes du Bloc devrait être davantage que de se battre pour contrôler un réseau d’influence auprès de l’aile parlementaire. Ce qui se fait actuellement, il va sans dire, sous l’œil bienveillant de l’aile senior et du personnel politique du Bloc Québécois…

Bref, la course au FJBQ nous offrait le choix entre deux équipes de parfaits petits politiciens en herbe, prêts à vénérer la ligne de parti pour peu qu’ils aient leur nom bien en vue dans les rangs souverainistes. Que l’un ou l’autre gagne ne changera donc absolument rien.

(2)

Ce qui m’amène à la deuxième raison  qui a motivé notre démarche : l’absence totale de véritable influence du FJBQ sur les décisions politiques de l’aile parlementaire.

En fait, si le président et l’exécutif du FJBQ ont de l’influence, ce n’est pas par leurs postes ou leurs fonctions, mais par les réseaux d’influence. Ce qui veut plutôt dire les contacts qu’ils ont auprès des élus, de l’exécutif national et des employés du parti. Politiquement, l’exécutif national du FJBQ n’a donc aucun pouvoir. En effet, il est soumis au Bloc Québécois. Chacune de ses propositions doit en bout de ligne être portée à un conseil du Bloc Québécois et votée de toute façon par l’ensemble des membres ou encore apportée par un député.

Comment peut-on dans une telle situation défendre autre chose que la ligne dictée par le parti?

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Il est également symptomatique de remarquer que, même monétairement, le FJBQ est complètement à la remorque du Bloc. L’argent qu’il dépense est attribué par le Bloc Québécois. Pire, c’est le Bloc qui signe les chèques que fait le FJBQ.

Il en coûte, selon le rapport déposé à Élections Canada en 2008, la somme de 140 000 $ par année. Pourtant, malgré cet investissement, le FJBQ n’a pratiquement aucune présence médiatique, peu de présence extérieure au Bloc et peu de présence efficace à l’intérieur.

C’est cette dépendance politique et monétaire qui fait que le Forum Jeunesse n’est pas et ne pourra jamais, par sa structure, être un acteur véritable pour faire l’indépendance du Québec.

Ainsi, les représentants du FJBQ, trop souvent, se voient obligés, pour avoir un minimum d’apparence d’influence, d’adopter tout simplement la ligne de parti proposée par l’establishment. Certains vont même jusqu’à prétendre en être en partie à l’origine. Façon comme une autre de se croire important.

Résultat, il n’y a pas ou plus de création d’idées chez les jeunes du Bloc Québécois. Faute de place pour les émettre et d’interlocuteurs pour les recevoir. Et c’est une situation que l’establishment du parti entretient. Il peut ainsi donner l’impression par une structure de jeunes qu’il leur accorde une place plus influente qu’elle ne l’est dans les faits. De cette façon, il s’assure de contrôler ses jeunes idéalistes et de les empêcher de trop se mêler des affaires de l’aile senior.

La ligne de parti est donc reine et le brassage d’idées qui faisait autrefois la particularité et l’attrait du mouvement indépendantiste n’est plus. Le débat n’est fait que pour être faux puisque la différence idéologique n’est même plus tolérée, sinon en silence. Plutôt que de laisser les délégués juger par eux-mêmes, mieux vaut bâillonner la différence et manœuvrer pour couper le droit de parole à la critique. Pas vrai?

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D’ailleurs, au terme d’une campagne d’une longueur digne des primaires étasuniennes, quelle grande idée nouvelle il en ressort? Et j’entends ici, idée qui ne fut pas d’abord soufflée par le Bloc. Devant un tel défaut structurel, les militants bloquistes jeunes finissent donc par se diviser, non comme on en aurait l’impression entre partisans d’une équipe A contre une équipe B, mais entre jeunes carriéristes et jeunes désabusés. Nous sommes, je le pense, facilement identifiables.

Nous tenons à préciser que la démarche de l’équipe Unité n’en est pas une d’attaques personnelles. Elle se veut plutôt une dénonciation d’un état de fait qui nous semble risqué pour nos chances de voir un jour un Québec indépendant.

Cet état de fait est celui de la tendance lourde des partis politiques à formater des militants en de futurs politiciens soumis à la pensée unique du parti. Et de celui de jeunes qui, bien que croyant à l’idéal souverainiste, abandonnent toute pensée critique pour adopter une ligne rigide, troquant du même coup l’idéal de la cause pour celui du parti.

Ce qui débouche à une pratique de l’exclusion des idées nouvelles. Hors de l’Église, point de salut et chacun dans sa chapelle. Une situation inhabituelle et relativement récente dans le mouvement souverainiste. Le danger, c’est qu’à force de vouloir une relève dans une parfaite soumission, le mouvement souverainiste va finir par s’étioler en plusieurs petits groupes dissidents. C’est d’ailleurs une tendance marquée depuis quelques années.

Mais plus que ça, cela exclut un nombre considérable de forces vives de l’arène politique en les reléguant au simple rang de militants hors des officines du pouvoir. Le pouvoir de changer les choses au sein même des véritables instances décisionnelles, les partis politiques. C’est le cas par exemple des militants pour l’environnement pour lesquels certains se demandent encore pourquoi ils délaissent les partis souverainistes dits plus progressistes.

Cet exode des idées et des forces vives, avouons-le, n’est pas pour favoriser la cause qui nous est commune : la souveraineté du Québec.

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En France dernièrement, le parti socialiste s’est plongé, à l’initiative de certains, dans une introspection et une remise en question. Ce que n’a pas fait le mouvement souverainiste depuis bien longtemps. Peut-être le moment est-il venu. Pourquoi ne pas commencer ici, par le FJBQ?

En misant sur une campagne satirique, se présentant tous à la présidence et étant, comme les autres équipes faussement adversaires, puisque tous parmi la bande des désabusés, nous avons voulu démontrer la futilité de vouloir gagner cette course à l’exécutif. Parce qu’être le roi du bac à sable, c’est se ramasser avec bien du sable dans les souliers pour pas grand-chose.